L'IMPRESSION 3D : L'IDENTITÉ ESTHÉTIQUE D'IRRATIONAL FLAMES
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Temps de lecture : 6 min
La découverte : une passion libératrice
Nous sommes en 2018.
À cette époque, je suis encore étudiant en école d’architecture.
Entre deux projets à rendre, je nourris une fascination pour les nouvelles technologies, et plus particulièrement pour l’impression 3D, qui me promettait d’appliquer toutes ces connaissances théoriques apprises sur les gradins de l’amphithéâtre.
Des connaissances utiles, bien sûr, mais incapables, à ce moment-là, de canaliser mon insatiable envie de faire.
C’est en livrant des repas à vélo pour UberEats, en parallèle de mes cours, que je parviens à acheter ma première imprimante 3D. Une EmotionTech, à assembler moi-même.
Douze heures plus tard, la voici : un véritable tank. Tout en métal, bruyante, pas très fiable… mais capable de bouleverser mon rapport au design, à la création, et finalement à mon parcours professionnel.
Comme la plupart des passionnés d’impression 3D - ces makers, comme nous aimons nous appeler - j’ai commencé dans un atelier de fortune qui n’était autre que le coin de ma chambre. J’y imprimais des pièces sans prétention, juste pour le plaisir de matérialiser une idée.
Puis, poussé par un instinct entrepreneurial encore très naïf, j’ai proposé mes services de modélisation et d’impression sur Leboncoin. Très vite, les commandes se sont enchaînées : particuliers, geeks, hôpitaux, chefs d’entreprise…
Je crois qu’à ce moment-là, l’impression 3D venait de réveiller en moi l’enfant que j’avais mis de côté.
Celui qui crée sans attendre la permission.
Celui qui reste éveillé tard pour terminer un projet.
Celui qui s’autorise à rêver grand.
Mais au-delà de l’aspect pratique et ludique, mon regard d’apprenti architecte a façonné la manière dont Irrational Flames utilise aujourd’hui cette technologie.
Parce qu’à l’époque, je voyais un immense décalage entre ce que l’impression 3D pouvait devenir et ce qu’elle donnait à voir, surtout dans le design institutionnel : les mêmes vases ondulés et colorés qui tapissaient les couvertures des magazines déco…
Intéressant, oui. Révolutionnaire, dans une certaine mesure. Original ? Pas vraiment.
En réalité, l’impression 3D n’avait déjà plus grand chose d’original, sauf dans le milieu amateur - un territoire encore libre, non formaté par l’école - où l’on trouvait une vraie ingéniosité, de l’originalité et une joie évidente dans la conception.
Grâce à mon double bagage, académique et maker, je voyais pourtant en elle un potentiel exceptionnel : créer de nouvelles expressions formelles, raconter des histoires inédites, bousculer nos habitudes de consommation, voire faire émerger de nouveaux métiers.
Comme je ne voyais de telles tentatives presque nulle part, j’ai décidé de me lancer.
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La concrétisation : de l’expérimentation à un langage de design
En 2023, l’ambition était claire : offrir à l’impression 3D un langage nouveau.
D’abord, en lui faisant oublier son aspect plastique : son toucher lisse, ses ondulations reconnaissables entre mille.
Ensuite, lui donner de la noblesse, de la profondeur, une esthétique capable de rivaliser avec l’artisanat traditionnel.
Après des années d’essais, j’ai mis au point une méthode permettant au PLA – ce bioplastique emblématique de l’impression 3D – de révéler une texture inédite : un rendu entre tissu irisé et verre soufflé.
Une matérialité inattendue, apparue avec SILO, affirmée avec CENO, et pleinement déployée avec la collection IRIS, conçue pour l’artiste Natacha Birds.
Une collaboration au sein de laquelle j’ai pu sculpter la matière imprimée comme de l’argile, pour m’éloigner définitivement du « style ondulé » associé au PLA et aux créations imprimées en 3D qui inondaient le marché.
Cette collection a marqué un tournant.
Elle prouvait qu’un matériau pouvait retrouver de sa superbe et toucher les gens - sans discours écologique forcé - simplement grâce à la force du design, à sa capacité à émouvoir et à procurer du plaisir.
À ce moment-là, tout était en place : une identité esthétique, un savoir-faire, des moyens de production, un discours clair.
Il ne manquait plus qu’un outil de communication et une vitrine pour vendre.
Instagram et Shopify ont donné ce dernier élan, me permettant presque du jour au lendemain de devenir un designer indépendant capable de s’auto-éditer et de s’auto-distribuer.
Pourtant, le chemin m’a paru long.
Il aura fallu deux ans avant que le design d’objet imprimé en 3D occupe la majeure partie de mon activité.
Avec le recul, je comprends ce qui m’a profondément fait aimer cette technologie : ce n’est pas seulement son côté ludique, ni son lien avec la culture geek. C’est surtout la manière dont elle démontre, encore une fois, à quel point la technologie peut être une source d’émancipation.
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Le passage de relais : quand la passion devient collective
En 2024, le succès de la collection IRIS a été fulgurant.
En un mois, les commandes affluaient du monde entier.
Dans ma petite pièce transformée en atelier, les imprimantes tournaient jour et nuit. Malgré cela, les délais s’allongeaient, atteignant deux mois d’attente pour une lampe IRIS.
Je devais déléguer la production pour me recentrer sur mon véritable domaine : le design.
J’ai donc lancé un appel à candidatures sur Instagram.
Parmi toutes les réponses, celle d’un passionné d’impression 3D, menuisier de formation, a retenu mon attention : Jérémie Vauchel, alias Manufac’ 3D.
Il m’a rappelé mes débuts : même enthousiasme brut, même envie de transformer une passion en métier.
Le choix s’est imposé de lui-même.
Aujourd’hui, sa ferme d’imprimantes à La Rochelle tourne à plein régime, portée par les clients qu’il s’est forgés au fil des années et, depuis 2025, par les lampes Irrational Flames.
Et j’en suis fier : fier de maintenir toute la production en France, fier de transmettre ce flambeau à quelqu’un qui partage cette énergie passionnée qui fait vivre notre métier.
Un jour, un abonné instagram m’a demandé : « Où te vois-tu dans cinq ans ? »
J’avais répondu : « Entouré d’une petite équipe de passionnés, avançant dans une même direction, loin des méandres du salariat qui m’avaient autrefois éloigné de ma vocation. »
Deux ans plus tard, cette vision commence à se concrétiser.
Après Natacha Birds, c’est Jérémie Vauchel qui rejoint l’aventure Irrational Flames.
Et c’est cela, aussi, la beauté de l’impression 3D.
Elle ne fabrique pas seulement des objets.
Elle tisse des liens, ouvre des trajectoires, crée des vocations.
Après avoir été une révolution technologique, elle porte désormais en elle le germe d’une révolution sociale que ses pratiquants cherchent à faire émerger depuis des années.