ROMAIN GRATIOT
VISION.
« Romain Gratiot s’intéresse à l’ensemble des valeurs d’usage du luminaire, et plus particulièrement à celles qui dépassent sa fonction pratique. La nature constitue pour lui une source d’inspiration privilégiée. Il y observe comment les formes, les structures et les phénomènes qui y sont à l’œuvre stimulent nos sens et éveillent notre imaginaire, afin de concevoir des produits qui relient nos espaces de vie au monde sensible et à sa part de mystère. »
Une figure florale, une géométrie invisible dissimulée derrière la position d’un corps ou un spectacle lumineux peuvent ainsi devenir le point de départ d’une réflexion sur ce que nos lieux de vie pourraient nous apporter de plus, au-delà de la simple mise à l’abri de nos corps face aux méfaits de la nature : un rempart contre l’ennui et le tumulte du monde.
C’est dans cette perspective qu’il défend une définition accessible du beau, qui ne se résume ni à l’intelligence qui préside à la conception d’un objet et à la simplicité de sa mise en œuvre, ni à sa capacité à flatter l’ego ou le regard, mais à son pouvoir d’éveiller des émotions inscrites dans une mémoire poétique commune.
DÉMARCHE CRÉATIVE.
« Romain Gratiot fragmente, déplace et recompose. Sa pratique s’articule autour d’un désordre volontaire, d’un geste qui consiste à déplacer les formes, la matière et le regard d’un sujet afin d’en révéler la charge poétique. »
Son travail s’apparente à un processus de distillation. Sous l’action conjuguée des mots qu’il lui inspire et de l’élan du geste qui en découle, la substance poétique d’un sujet se détache peu à peu de son enveloppe. La transition brutale entre un processus de création intuitif - mêlant écriture, dessin et sculpture - et une phase rigoureuse de modélisation à l’aide d’un logiciel de CAO industrielle cristallise sa vision en un entrelacement de volumes à l’esthétique éthérée. L’impression 3D lui permet de donner corps au modèle numérique obtenu, faisant du prototype un véritable outil de conception. Par essais successifs, il observe la manière dont l’objet trouve son équilibre, résiste, se déforme ou diffuse la lumière, avant de retourner au modèle numérique pour faire correspondre sa vision artistique aux contraintes d’usage.
De ce processus naissent des sculptures lumineuses biomorphiques, traversées par des réminiscences du monde végétal et du corps humain, où les courbes d’un sépale se métamorphosent en évocations sensuelles et les renflements d’un pétale en silhouettes réconfortantes. Comme surgies d’un paradis hallucinatoire peuplé de textures souples et sinueuses, d’atmosphères enveloppantes et de lumières aux reflets mouvants, ses luminaires éveillent les sensations qui constituent la toile de fond de nos plus beaux souvenirs, sinon de nos plus grands fantasmes.
FABRICATION.
« Romain Gratiot a choisi l’impression 3D FDM comme outil de fabrication privilégié. Ce choix tient d’abord à l’opportunité qu’elle lui offre de soutenir un processus de travail à la fois multidimensionnel et exploratoire. De manière plus pragmatique, elle lui permet de concevoir, fabriquer et diffuser ses créations en toute autonomie. »
Plutôt que d’en adopter l’esthétique par défaut, il détourne les contraintes de l’impression 3D pour faire émerger une vision libre et singulière de l’objet. Cette démarche s’inscrit dans l’héritage du mouvement maker, dont il retient le rapport décomplexé à la création, tout en y associant la rigueur et la culture du projet issues de sa formation d’architecte. Il en découle un niveau de finition élevé, qui permet à l’objet imprimé en 3D de dépasser le simple statut de prototype. Quant à la liberté formelle qu’offre cette technologie, elle est mise au service de l’élaboration d’un récit et de valeurs d’usage suffisamment signifiants pour que l’objet dépasse sa fonction décorative.
La nature hybride de cet outil de fabrication, à mi-chemin entre production artisanale et industrielle, lui permet finalement de réunir au sein d’un même objet la force d’une intention artistique, la présence humaine à l’œuvre dans sa fabrication et l’accessibilité d’un produit manufacturé.
ORIGINES.
« Romain Gratiot est formé à l’architecture en France. Soucieux de renouer avec la figure de l’inventeur à laquelle il s’identifie, et dont la pratique traditionnelle de son métier tend à l’éloigner, il développe, en parallèle de sa carrière d’architecte, une pratique de designer indépendant. Il conçoit des objets nés de pratiques variées, à la fois numériques et artisanales, qui explorent notamment la question de la mémoire. »
Après avoir réduit l’échelle de son dessin, il élargit son espace de pensée en imaginant un univers baptisé Le Continent Invisible. À travers la forme architecturale, il y aborde la question de l’épanouissement en cherchant à rendre visibles les fondations invisibles qui nous constituent. Ce projet, qui mêle poésie, philosophie et psychologie, se déploie aujourd’hui sous la forme d’un roman initiatique et d’un jeu de société.
Au regard de ses principales références — de l’architecture organique d’Antoni Gaudí aux récits suspendus d’Italo Calvino —, on comprend combien Romain Gratiot affectionne les œuvres où la matière semble vibrer plutôt que se figer dans une esthétique sclérosée, des œuvres imprégnées de récits qui, en retour, nous révèlent à nous-mêmes.